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[Le Monde des Phasmes / The World of Phasmids (Leaf and Stick insects)]
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La gestion d’un élevage de phasmes
mardi 6 juin 2006
par brunob
Philippe RAVAT - Revue Entomon 1999 du GEPAI

Problématique :

Comment gérer un élevage en conciliant le bien-être des insectes et celui de l’éleveur (observations facilitées et disponibilité en temps) ? Eleveur de phasmes depuis 5 ans, j’ai commencé par quelques espèces et petit à petit je suis aujourd’hui en possession de 28 espèces. Bien souvent lors de contact avec des éleveurs pour des échanges, nous nous questionnons sur la gestion de nos élevages, d’où l’idée de cet article. Il a pour but de présenter comment je gère cet élevage conséquent, soit pour donner des idées à certains, mais surtout pour qu’on me conseille pour plus d’efficacité éventuellement.

1. Les espèces en élevage :

Pour les 28 espèces, au dernier recensement de fin septembre, j’avais au total 438 individus vivants répartis comme suit :

Espèce n° P.S.G. Nombre d’individus
Carausius morosus 1 175+oeufs
Medauroidea extradentata 5 oeufs
Ramulus sp  ? oeufs
Ramulus nematodes 55 4+oeufs
Bacillus rossius 3 oeufs
Sipyloidea sipylus 4 10+oeufs
Extatosoma tiaratum tiaratum 9 18+oeufs
Phyllium bioculatum 10 3
Heteropteryx dilatata 18 12+oeufs
Eurycantha calcarata 23 15+oeufs
Phobaeticus serratipes 25 1+oeufs
Lonchodes hosei hosei 36 10+oeufs
Clonopsis gallica 45 7+oeufs
Aplopus cytherea 48 10+oeufs
Lonchodes everetti 67 9+oeufs
Phenacephorus cornucervi 73 6+oeufs
Oreophoetes peruana 84 30+oeufs
Pseudophasma rufipes 85 12+oeufs
Epidares nolimetangere 99 12+oeufs
Lamponius guerini 101 12+oeufs
Eurycantha insularis 11 oeufs
Aretaon asperrimus 118 17+oeufs
Haaniella dehaanii 126 4
Neohirasea maerens 173 50+oeufs
Phanocloidea muricata 170 6+oeufs
Neohirasea sp. 185 4+oeufs
Anisomorpha ferruginea 198 6
Pseudophasma castaneum 269 6+oeufs

En général, je ne dépasse pas 20 individus par espèce en redistribuant les surplus, ou en les gardant pour les donner à des mantes.

2. L’espace et les terrariums :

Toutes ces espèces sont réparties dans 9 terrariums de taille variable. Ces terrariums sont en verre, sauf 2 ; je les fabrique moi-même. Ils sont à ouverture supérieures ou frontales (portes coulissantes) pour ceux qui ont des néons sur le dessus. Ces terrariums sont installés pour 8 d’entre eux dans ma salle de classe et le labo de biologie du Collège où je travaille. Un, celui des Phyllies, est chez moi. Cette disposition est provisoire, je vais m’aménager un labo dans un garage (20 m2) situé dans le jardin de ma maison. Certains terrariums resteront au Collège pour que les jeunes du club nature continuent de s’en occuper.

3. Répartition dans les terrariums : conditions de vie et de nourriture :

Le regroupement des insectes est le suivant :

Terrarium 1 (Llh : 120cm, 40cm, 50cm) :

J’y ai réuni : Heteropteryx dilatata, Neohirasea maerens, Haaniella dehaanii et Anisomorpha ferruginae. La nourriture est constituée de ronces, Neohirasea maerens acceptant également les fougères. La température est assurée par deux néons occupant toute la longueur du terrarium et fournissant une chaleur de 22°C à 25°C de 8h00 à 20h00. La nuit, la température descend jusqu’à 18°C. En hiver, je rajoute un câble chauffant de 7 mètres en bas du terrarium sur tout son périmètre. Le sol est constitué de terreau, toujours humide. L’humidité est assurée par 3 pulvérisations d’eau déminéralisée par semaine. Haaniella dehaanii a souvent tendance à se cacher durant la journée au pied des ronces, voire juste à la limite du niveau d’eau du pot où sont placées les ronces. Je ne place pas de couvercle percé sur les pots car les ronces sont de gros gabarit ; il faut donc être très vigilant lorsqu’on rajoute de l’eau dans les pots.

Terrarium 2 (Llh = 40cm, 40cm, 40cm) :

C’est un terrarium en plexi dont j’ai présenté le modèle dans la revue "Le Monde des Phasmes" n° 34 de juin 1996.

J’y ai installé les 3 Phyllium bioculatum que je possède actuellement. La nourriture est constituée de ronces. La température est fournie par un câble chauffant de 3 mètres enroulé sur le fond et par une lampe chauffante (60 W) placée au-dessus du terrarium produisant chaleur et lumière. La température est de 22°C la nuit et entre 25°C et 28°C de 8h00 à 20h00. Le sol est constitué de tourbe humide, son acidité préserve des moisissures. Tous les jours, je pulvérise de l’eau déminéralisée sur les feuilles et les insectes.

Terrarium 3 (Llh = 60cm, 30cm, 80cm) :

J’y place Extatosoma tiaratum, Epidares nolimetangere, Lamponius guerini, Neohirasea sp. et Lonchodes hosei hosei. Ces 5 espèces se répartissent à différentes hauteurs du terrarium, de haut en bas, on a :

  • une zone à Lonchodes hosei hosei et Extatosoma tiaratum.
  • une zone à Extatosoma tiaratum et Lamponius guerini.
  • une zone à Neohirasea sp. et Epidares nolimetangere.

Comme Haaniella dehaanii, Epidares nolimetangere se cache souvent au pied des ronces ou sur le pot. La nourriture est constituée de ronces. Le sol est constitué de terreau, toujours humide. L’humidité est assurée par 3 pulvérisations d’eau déminéralisée par semaine. Le sol est recouvert d’une toile moustiquaire pour la récolte des œufs. La température est assurée par une lampe chauffante (60 W) branchée sur un thermostat, le tout est placé directement dans le terrarium. Le thermostat, à l’aide d’une ventouse, et la lampe sont fixés sur une baguette de bois en travers du terrarium et à mi-hauteur. Le thermostat couplé à une minuterie assure une température de 23°C à 25°C de 8h00 à 20h00.

Terrarium 4 (Llh = 100cm, 40cm, 60cm) :

J’y place les grands phasmes : Lonchodes everetti, Aplopus cytherea, Ramulus nematodes, Phanocloidea muricata et Phobaeticus serratipes. En ce qui concerne ces 2 dernières espèces, dorénavant je ne place dans ce terrarium que les adultes, car j’ai eu de nombreuses pertes de jeunes ou subadultes qui ne semblent pas trop supporter la promiscuité surtout au moment des mues toujours très délicates pour ces grands phasmes. Ainsi les jeunes sont élevés à part dans un terrarium équipé de la même manière que le troisième (Llh = 50cm, 30cm, 60cm). La nourriture est constituée de ronces.

Comme pour le premier terrarium, la température est assurée par deux néons occupant toute la longueur du terrarium et fournissant une chaleur de 22°C à 25°C de 8h00 à 20h00. La nuit, la température descend jusqu’à 18°C. En hiver, je rajoute un câble chauffant de 7 mètres en bas du terrarium sur tout son périmètre. Le sol est formé de tourbe humide assurée par 3 ou 4 pulvérisations par semaine.

Terrarium 5 (Llh = 60cm, 30cm, 50cm) :

J’y place les mangeurs de troène : Pseudophasma rufipes et Pseudophasma castaneum, Le troène se trouve toute l’année, il faut avoir cependant plusieurs endroits ressources car certaines haies mal exposées perdent toutes leurs feuilles en hiver. Le terrarium n’a pas de système de chauffage, il est à température ambiante, de 18°C à 22°C. Le sol est constitué de terreau. L’humidité est assurée par 2 pulvérisations par semaine.

Terrarium 6 (Llh = 40cm, 30cm, 20cm) :

Je place les mangeurs de fougères : Oreophoetes peruana et parfois Neohirasea maerens et Aretaon asperrimus. On trouve des espèces de fougères toute l’année dans les sous-bois, et elles ont une bonne tenue en terrarium. Ce terrarium est à température ambiante. Le sol est formé de terreau. 2 pulvérisations d’eau par semaine assurent une bonne humidité.

Terrarium 7 (Llh = 60cm, 30cm, 50cm) :

J’y ai installé : Eurycantha calcarata, Eurycantha insularis et Aretaon asperrimus. Le problème avec les Eurycantha est qu’ils sont assez brusques en plus de manger comme des goinfres sans se soucier du gaspi. Aretaon ne souffre pas de cette cohabitation. Le jour, les Eurycantha sont tous "entassés" sous une grosse écorce de chêne, alors que les Aretaon sont dans la canopée. C’est seulement la nuit qu’il y a réellement rencontre, qui se passe bien à condition que la nourriture soit suffisante. Celle-ci est constituée de ronces en grande quantité. La température, entre 22°C et 25°C, est assurée par une lampe chauffante couplée à un thermostat comme dans le terrarium n° 3. L’humidité est maintenue grâce à 3 pulvérisations par semaine.

Terrarium 8 (Llh = 70cm, 30cm, 30cm) :

J’y place les espèces "pullulantes" : Carausius morosus, Sipyloidea sipylus, Medauroidea extradentata, et Ramulus sp ? .

Ces 5 espèces ne posent aucun problème d’élevage, elles sont entièrement gérées par les jeunes du club-nature du Collège. Le terrarium est à température ambiante, l’eau déminéralisée est pulvérisée 2 fois par semaine. Nous régulons les explosions démographiques en intégrant des individus dans la chaîne alimentaire des Mantes que nous élevons et qui les apprécient fortement. Bien souvent, ces espèces sont distribuées aux jeunes qui veulent se lancer dans l’élevage de Phasmes.

Terrarium 9 (Llh = 20cm, 20cm, 30cm) :

Ce terrarium est en fait une cage servant à sécher les fromages : cadre, sommet et fond en bois et toile moustiquaire sur les côtés, une porte frontale. J’y met les Phasmes français quand je réussis à les maintenir en élevage : Bacillus rossius et Clonopsis gallica. J’ai rapporté 10 individus de chacune de ces espèces du sud de la France cet été. Les premiers n’ont pas survécu au-delà de la mi-septembre mais ils ont pondu. Il me reste des Clonopsis gallica qui pondent. Cependant, je connais les difficultés concernant l’hibernation des œufs de cette espèce. Ce terrarium est à température ambiante, bien ventilé avec cependant des résultats bien décevants.

4. Changement de nourriture et entretien des terrariums :

Pour les fougères : je place environ 6 feuilles dans 2 petits pots d’eau, cela n’encombre pas le terrarium et permet une bonne observation des insectes. Le changement se fait tous les 20 jours environ.

Pour le troène : je fais un bouquet d’une dizaine de branchettes que je place dans un pot d’eau. Le changement se fait tous les 15 jours. En général, les individus n’ont pas le temps de tout manger mais les feuilles jaunissent.

Pour les ronces : selon la taille du terrarium, je place des branches de 30cm à 2 mètres de long, en prenant bien soin de recouper les branches en biseau avant de les placer dans le pot d’eau. Leur durée de vie est variable, de 10 jours pour les Eurycantha et les Phyllium, à parfois 3 semaines pour les plus grands terrariums. Au-delà, les feuilles jaunissent ou sèchent. J’eassaye de ne pas trop remplir les terrariums afin de conserver une bonne visibilité pour l’observation. Je dispose de réserves de ronces en forêt ou en lisière de forêt, là où elles sont généralement les plus longues.

Je fais en sorte d’avoir un roulement, c’est-à-dire que je prends 3 à 4 heures par semaine pour changer la nourriture. Si parfois, je ne peux faire le changement de nourriture durant toute une semaine, alors, il me faudra compter tout un après-midi entier pour procéder au changement dans tous les terrariums.

Une fois par mois, je nettoie les vitres, car même l’eau déminéralisée, voire les excréments, laisse des traces. Le sol est renouvelé une fois par an, sauf si je m’aperçois d’une trop forte concentration d’acariens sur le terreau.

5. Les œufs ;

Au début, je récoltais tous les œufs, à présent, je laisse les choses se faire naturellement pour la grande majorité des espèces.

J’ai cependant fabriqué un petit terrarium-couveuse (Llh = 20cm, 15cm, 20cm), dont voici le principe : La toile (moustiquaire) collée sur toute la surface interne du mini terrarium empêche tout problème d’adhésion et de noyade des jeunes sur la paroi en cas de forte condensation. Dans cette boîte, l’humidité est maximum et la température est comprise entre 22°C et 25°C. Cette couveuse est utilisée pour les œufs des espèces suivantes : Heteropteryx dilatata, Extatosoma tiaratum, Epidares nolimetangere, Phobaeticus serratipes, Haaniella dehaanii, Phanocloidea muricata, Phyllium bioculatum...

Ce système évite les moisissures qui s’accumulent sur les déchets organiques. Il a aussi l’avantage de me permettre de savoir combien je possède de jeunes de ces espèces, ce qui me permet de gérer mes échanges et aussi d’être plus vigilant lors des changements de nourriture dans les terrariums où je les place.

Conclusion :

Voilà la méthode que j’emploie dans mon élevage de phasmes ; un suivi quotidien me permet d’assurer la bonne qualité des conditions de vie de mes pensionnaires. Ce système me semble cumuler le bien-être des phasmes et de ne pas être trop contraignant pour l’éleveur et observateur que je suis. Bien que passionné, j’ai d’autres activités qui me demandent aussi beaucoup de temps. Il m’est arrivé de les laisser sans soin pendant plusieurs jours (jusqu’à 15 jours) sans que cela pâtisse trop à leur développement assurant toutefois l’apport d’eau par vaporisation.

J’espère que cet article a pu donner des idées à certains. Pour qu’il ait une fonction réciproque, j’aimerai avoir des commentaires sur la méthode employée afin de l’améliorer. Il serait intéressant que certains membres du GEPAI, possédant d’autres méthodes ou petits trucs, nous communiquent leurs expériences sur le sujet.

 
Post Scriptum :
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